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Carnet de route: Karl von Wogau, président de la sous-commission Défense au Kosovo
Europolitique a décidé de demander à
des responsables européens de donner leurs
impressions et leurs réactions suite à des missions
ou déplacements. Premier
« carnet de route » avec
une délégation de la sous-commission
Défense du Parlement
européen qui s’est rendue du 6
au 8 février, au Kosovo. Composée
d’Angelika Beer (Grüne-
Verts/ALE, Allemagne), de la
vice-présidente de la sous-commission,
Ana Maria Gomes
(PSE, Portugal), et de son président,
Karl von Wogau (PPEDE,
Allemagne), la délégation
a rencontré des responsables :
de la future mission « Eulex »
de l’UE (Roy Reeve), de la
mission civile de l’UE (Jonas
Jonsson et Renzo Daviddi), de
la Kfor (Général Gerhard Stelz), d’ONG et
des autorités locales.
A Pristina, il faisait froid et gris. Cela a
un peu renforcé l’atmosphère générale
de déprime qui nous a frappés en arrivant
dans le pays, en traversant les villes et les
villages. Les bâtiments ne sont pas très gais.
Beaucoup de gris, de béton, des ruines.
Souvent les constructions, qui semblent
avoir été entamées il y a dix ans, ne sont
pas terminées. Il manque le toit, des murs,
la maison est inhabitable. Les rues laissent
une impression de saleté, bouteilles et
déchets plastiques sont en nombre.
De tous nos entretiens, un problème
est ressorti : à coté de la sécurité politique,
c’est la situation économique et sociale
qui est la plus problématique. En effet, si
chacun pressent qu’il peut y avoir des tensions,
localement, l’indépendance pourrait
se dérouler sans grand éclat de violence.
Ou du moins cela restera contrôlable. Les
minorités serbes peuvent être protégées.
Les forces de la KFOR nous ont confirmé
avoir suffisamment de moyens pour cela.
«Le principal risque est de retrouver le
pont de Mitrovica bloqué non par des Albanais
ou des Serbes mais par les équipes de
télévision», nous a confié un militaire. Plus
sérieusement, l’incertitude demeure, une
fois les lampions de la fête éteints, et les
caméras parties. Que va-t-il alors se passer
pour les Serbes ? On perçoit bien que Belgrade
soutient la minorité serbe, en versant
des subsides aux personnes, en mettant
en place des structures parallèles (sécurité
sociale, écoles…), pour les convaincre de
rester, voire de revenir (pour ceux qui sont
partis). Mais notre impression est que les
Serbes qui vivent à l’extérieur ne vont pas
revenir volontairement dans le pays. Ce
même sentiment prévaut d’ailleurs aussi
pour les Albanais expatriés, qu’on ne voit
pas revenir, avec l’absence de perspective
économique du pays.
Pour la plupart des habitants, il y a en
effet peu de perspectives. Beaucoup de
personnes n’ont pas de travail (NDLR :
le chômage atteint entre 50 et 80 % selon
des statistiques peu fiables). La formation
scolaire est une catastrophe (NDLR : 50 %
de la population a moins de 20 ans et les
écoles manquent d’enseignants). Il y a aussi
un manque crucial d’infrastructures générales.
Le problème d’énergie est récurrent,
avec une fourniture variable durant la journée.
Certes, nombre de Kosovars pensent
qu’après l’indépendance, cela va changer,
que les entreprises vont venir et que le pays
deviendra un pays florissant. Mais, du coté
des représentants internationaux, on considère
que c’est un rêve. Passé le moment
de l’indépendance, c’est davantage l’incertitude
sociale et économique qui pourrait
régner et être une réelle menace pour le
pays, sans compter l’influence de la criminalité
organisée. On peut
légitimement se demander :
qu’ont vraiment fait le pays et
les instances internationales
ces dernières années pour en
arriver à une situation aussi
grave économiquement ?
Et que fera l’Europe si l’influence
du crime organisé
grandit ? Faudra-t-il aider un
gouvernement corrompu ?
Certes les représentants de
l’UE cherchent à se démarquer
de l’administration de
l’ONU en indiquant qu’ils ne
sont pas là pour la remplacer
ni administrer le pays mais
juste apporter un soutien aux
autorités locales. - sauf en matière de criminalité
organisée, où l’UE sera en première
ligne. Ils espèrent profiter du fait que les
Kosovars voient dans cette arrivée, le début
d’un chemin vers l’Europe. Nous avons
été frappés par la bonne préparation européenne,
notamment de la mission « Eulex,
Etat de droit ». Mais certains problèmes
demeurent, notamment dans les relations
entre les forces de l’Otan et de l’UE. Les
Turcs ont ainsi bloqué la signature d’un
document commun régulant l’échange
d’informations entre les différentes forces.
Des instructions ont donc été données
à chaque troupe, mais de façon séparée,
avec un risque d’interprétation différente.
Au final, le plus important, à moyen
et long terme, pour l’Union européenne
nous paraît donc de maintenir la sécurité
et de donner des perspectives. Il faut
améliorer l’infrastructure générale – surtout
en matière d’électricité – , la formation
et l’éducation. L’exemple du Lycée
Loyola – que nous avons visité - et le travail
qui y est fait est très encourageant.
Que de jeunes kosovars, garçons et filles,
apprennent ensemble, voilà le futur du
Kosovo.
n
Photos de Karl von Wogau au Kosovo:
Karl von Wogau avec Ana Gomes MdPE et Général Bund (KFOR, Prizren)
Karl von Wogau avec des professeurs du Lycée Loyola à Prizren
Interview avec Karl von Wogau pour la radio du KFOR
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